ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.


31 août 2010

exCitation

Le cinéma s'honore à inventer le silence. 

30 août 2010

ABC

Le cinéma ABC a réouvert. Le cinéma ABC avait déjà réouvert. Il y a environ un an. Une affiche accompagnait alors cette réouverture tant attendue sur la place toulousaine. Le visuel reprenait un plan de North by Northwest, quand Cary Grant est poursuivi par l'avion. Le graphiste avait ajouté une banderole à la queue de l'avion, « le cinéma ABC revient », et, en forme de sous-titre, une phrase prêtée à Cary, « - j'y fonce». Le truc, c'est que le film en français s'intitule La Mort aux trousses et que le visuel utilisé créait un curieux contresens. Dans la célèbre scène Cary fuit l'avion, or, ici, si Cary personnifie le spectateur, l'avion, lui, personnifie le cinéma. Ce qui donne : fuyons, le cinéma ABC est de retour. Ou, l'ABC, le cinéma qui fait fuir ses spectateurs. Et quand on se souvient comment terminait l'avion dans le film, cela donnait une affiche de réouverture en forme de mort annoncée. Une affiche qui sentait carrément le sapin. Et de fait, cette première année de reprise fut difficile pour le mythique cinéma de Toulouse. Les travaux sont enfin terminés et souhaitons lui tout le bonheur que peut espérer un spectateur, tout en se méfiant des jolis visuels aux signifiants trop prononcés.

quand la mort plane

29 août 2010

Citation

"Le cinéma sonore a inventé le silence." 
(Robert Bresson)

18 août 2010

Quand la légende...

On a pu revoir John Ford à la Cinémathèque de Toulouse. C'était en juin principalement. Un cycle placé sous le signe de la légende. Quand la légende devient réalité, on imprime la légende. Le fameux. La légende du cinéma : Ford. La légende fordienne : le cinéma. Mais Ford c'est aussi l'autre légende, celle de l'histoire, américaine, qu'il a imprimée à travers ses histoires. Ou peut-être pas.
On attend toujours Ford sur le terrain révisionniste du cinéma américain et du western classique en particulier, cette conquête de l'Ouest mythique qui est en réalité une guerre d'invasion appuyée par un génocide. Pourtant le cinéma de Ford démystifie bien plus qu'il ne mythifie. Ou plutôt, il mythifie par la démystification, et inversement. Mais jamais son approche du mythe n'a à voir avec la mystification. À la Naissance d'une nation, préférer penser la naissance d'une image de la nation. Ford gratte le vernis des idoles du mythe américain pour donner un portrait de l'homme américain ; une autre légende.
« This is West, sir », dit le journaliste au sénateur James Stewart. « This is West. And when the legend becomes fact, print the legend », dit-il à L'Homme qui tua Liberty Valance. Sauf que le film de Ford, justement, montre que ce n'est pas lui qui tua  Liberty, mais un pauvre inconnu mort dans l'oubli de tous. Le véritable héros n'est pas celui qui est désigné au départ. Ou, comme la scène du duel entre l'avocat et le hors-la-loi nous est montrée deux fois, sous deux angles différents, deux sentiments et significations différents, il faut y regarder à deux fois chez Ford.

13 août 2010

Cave canem

Revu Mad Max. Le 2. Et ça reste un putain de bon western post apo. Une sorte d'Alamo de la crise du pétrole où un quasi convoi de charriots en cercle est assiégé par des iroquois à moteur, cuir et clous. J'aime bien l'idée que le lonesome cowboy, lui-même considéré comme hors la civilisation, doive franchir le siège non pas pour trouver refuge dans la place forte, mais pour pouvoir s'enfuir (besoin de gazoline). C'est sec, sans fioriture, sans sentiment. Il y a bien une fille qui traîne là et on comprend à un échange de mots, puis de regards avec Max, que quelque chose pourrait se passer entre eux. Du moins dans un script normal, attendu, académique. Parce que là, elle a tôt fait de se faire buter, oubliée. Pas de place pour les sentiments, sinon gays du côté des pirates de la route.
Mais le plus frappant finalement, le plus curieux, c'est le côté canin du film. D'abord Max débarque avec un chien. Et puis il y a Lord Humungus qui appelle ses troupes ses chiens de guerre, ses braves chiens, allant jusqu'à tenir en laisse le plus fougueux de tous sur le capot de son dragster de l'enfer. Il y a surtout le gamin muet qui grogne et flaire. Le gamin aux cheveux longs comme une crinière et vêtu d'une peau de bête. Le gamin qui imite le cri du coyote dans la nuit pour permettre à Max de traverser les lignes ennemis. Le gamin qui mord. Le gamin qui prend aux côtés de Max la place du chien après que ce dernier a été tué. Mad Max 2 en fait, c'est pas du tout un scénario "rubrique des chiens écrasés", ni une histoire de chien sans collier contre une meute de chiens enragés. C'est l'histoire, simple, d'un automobiliste qui cherchait une pompe à essence et qui trouve sur le bord de la route un chiot perdu. Et ça fait chaud au bitume en cette période estivale où de coutume les automobilistes abandonnent leur chien sur les bords d'autoroutes.

5 août 2010

Un mot en passant

C'était un dimanche. Je cherchais une bande dessinée à lire sur le canapé. Il n'y avait rien qui me disait. Rien pour aller avec ce dimanche après-midi là. Il faut vraiment que j'enrichisse ma bibliothèque bd, étais-je en train de me dire. Quand je tombais sur deux ouvrages oubliés de Battaglia. Des cadeaux du père Monguy. Battaglia raconte Guy de Maupassant. 1 et 2. Je les ai engloutis. Ou plutôt, ils m'ont englouti. Il fallait que j'aille direct à la source. Hier soir j'ai fini de relire en vrac quelques contes et nouvelles de Maupassant. Du Borges avant l'heure. Du Borges + Flaubert, me répondait tout à l'heure Régis - certainement la meilleure définition. Un certain réalisme magique – paradoxalement - très sud-américain. Et un art certain de la narration, de toucher, à travers de petits détails et sur un récit très court, quelque chose d'impalpable. J'ai fini, hier soir, par Qui sait ?, l'histoire d'un narrateur sain d'esprit qui raconte comment il est allé de son propre gré se reposer dans un asile après avoir vu ses meubles, tous ses meubles, quitter sa maison. L'histoire en quelque sorte d'une possession marquée par une dépossession. J'aime bien cette idée. Et m'interrogeais: la possession (être possédé, par un esprit) ne serait-elle pas plutôt une dépossession ; de la (de sa) raison ? Bref, peu importe. Ce qui m'a frappé ici, à cette lecture, c'est plutôt le caractère faussement cinématographique d'un Maupassant qui en réalité est complètement inadaptable au cinéma. Alors que pourtant, de prime abord, il a tout ce que pourrait espérer un scénariste. Je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais vu un film tiré d'une oeuvre de Maupassant, mais, est-ce la faute de Battaglia, c'est une oeuvre que je ne puis désormais imaginer avec des images en mouvement, voire même avec du son. Ou alors un seul plan fixe. Car seule une image fixe peut rendre ce fantastique du quotidien. Ou plutôt, fixer une image. Comme un tableau, jusqu'à qu'il nous délivre un secret. Comme un mur ou un plafond, jusqu'à ce que l'invisible y fasse son apparition.