ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.


30 novembre 2010

... il est là.



Extrême Cinéma.
12e édition.
Inferno.
A la Cinémathèque de Toulouse.

28 novembre 2010

27 novembre 2010

19 novembre 2010

Toro Toro Toro

Il est énorme. D'un noir graisseux. Fumant, gouttant, fulminant, Minotaure d'acier levant la poussière d'un désert de feu. Le camion citerne de Duel est un macguffin, comme le grand requin blanc, l'arche perdue, etc. On s'en fout de ce qu'il est vraiment, qu'il ait un chauffeur ou pas ; comme le macguffin hitchcockien, il est là pour faire avancer l'histoire. À cela près que d'habitude, chez Hitchcock comme Spielberg, ce sont les personnages qui se lancent à la recherche du macguffin. Ici, c'est le macguffin qui cherche le personnage. Homme, homme, homme... C'est le macguffin taureau mécanique qui vient agiter la muleta de l'homme. Homme, homme, homme... olé ! Parce que Duel est une corrida. Une corrida inversée. Jusqu'au final, jusqu'à ce que l'homme se décide à jouer son rôle et, dans le dernier face à face, lance sa voiture rouge comme le matador sa muleta pour leurrer l'animal. Mise à mort. C'est dans la mort du camionotaure que l'homme naît. Il s'appelait Mann. Un nom prédestiné.

18 novembre 2010

Champ de bataille...

... , c'est comme un champ de bataille : l'amour, la haine, la violence, l'action, la mort... En un mot l'émotion.


12 novembre 2010

Post cinéma

Un garçon et une fille. Presque encore tout boutonneux. Ils sont en train de discuter dans un bar. Leur voix se coupent, s'entremêlent. Ça fuse. Ça débite. Et ils finissent par ne plus se comprendre ; entre temps de retard et malentendu. Parti de rien, c'est le début de tout. Tu comprends que c'est une scène de rupture. C'est la scène d'exposition. Ça fuse. Ça débite. Et tu penses à une screwball comedy. C'est un tchat transposé à l'oral, des personnages qui parlent comme ils tapent sur un clavier. C'est du post cinéma. Pas le post cinéma qui viendrait après le classique. Du post cinéma comme on poste un message sur internet, sur un blog ou sur Facebook. C'est la scène d'ouverture et Fincher tournera et montera tout le reste du film de la sorte. Un film où les scènes s'enchaînent et se répondent comme les posts d'un compte Facebook. 
The Social Network : le film web 2.0 ? En tout cas un film qui l'intègre directement dans sa mise en scène. C'est d'ailleurs le seul intérêt de la chose. Il y a bien, pour ceux qui en manquent, la raison sociale. La solitude du génie qui a réinventé les réseaux sociaux, mégalo, misogyne, misanthrope. On s'en branle. Il y a les Castor et Pollux de l'ancien temps de la finance, d'un monde des affaires révolu. Les fils à papa, cigares et guêtres, qui se font niquer par un sans famille (on ne voit jamais sa famille), sweat shirt à capuche et claquettes. Le nouveau pouvoir. Le geek power. Il y a aussi le côté nouveau du film de procès. Qui n'est plus du film de procès, parce qu'il n'y a plus de procès, mais des négociations autour d'une table avec des avocats comme des pions dans une cours de récréation, surveillant et réglant un jeu d'enfants. Il doit bien y avoir d'autres éléments du genre, à jouer les reflets de société. Mais à défaut de complètement ennuyer, cela laisse indifférent. On s'en branle du type qui a inventé Facebook et comment pourquoi. On regarde un film comme on surfe sur internet. On nous montre un film comme un mur (de Facebook) : fait de séquences-posts, artificiel, personnel et commun, superficiel comme la peau d'un caméléon. Un film qui a complètement pris la forme de son sujet. Est-ce suffisant pour en faire un bon film ? Je n'en suis pas sûr.