ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.



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17 février 2011

Zoom arrière

La Cinémathèque de Toulouse a ouvert les écrans de son festival consacré au patrimoine cinématographique : Zoom arrière. 15 jours de bonheur pour qui aime le cinéma sans se la péter. Pas de stars lunettes noires et limo vitres fumées. Ici on ne vient pas au zoo voir les bêtes. Ici on va au cinéma, on ne vient pas voir des films pour faire les malins. Ici ce sont les archives qui sont à l'honneur et leur travail de restauration. Des restaurations et une large programmation consacrée au peplum. Et ça commençait avec Le Cabinet du Dr Caligari en ouverture et en ciné-concert. On pensera ce que l'on voudra de l'accompagnement aux percussions, avec deux batteries, Caligari, lui, n'a pas pris une ride. Pas besoin de revenir sur le film. J'adore quand Cesare ouvre les yeux. Ouhh, ça me fait des frissons. C'est peut-être ça Zoom arrière, réveiller le spectateur somnambule. Extrait :
L'extrait est incomplet. Il manque des cartons : 
Jusqu'à quand vivrai-je ? demande Alan.
Jusqu'à l'aube, lui répond le somnambule-oracle.

18 août 2010

Quand la légende...

On a pu revoir John Ford à la Cinémathèque de Toulouse. C'était en juin principalement. Un cycle placé sous le signe de la légende. Quand la légende devient réalité, on imprime la légende. Le fameux. La légende du cinéma : Ford. La légende fordienne : le cinéma. Mais Ford c'est aussi l'autre légende, celle de l'histoire, américaine, qu'il a imprimée à travers ses histoires. Ou peut-être pas.
On attend toujours Ford sur le terrain révisionniste du cinéma américain et du western classique en particulier, cette conquête de l'Ouest mythique qui est en réalité une guerre d'invasion appuyée par un génocide. Pourtant le cinéma de Ford démystifie bien plus qu'il ne mythifie. Ou plutôt, il mythifie par la démystification, et inversement. Mais jamais son approche du mythe n'a à voir avec la mystification. À la Naissance d'une nation, préférer penser la naissance d'une image de la nation. Ford gratte le vernis des idoles du mythe américain pour donner un portrait de l'homme américain ; une autre légende.
« This is West, sir », dit le journaliste au sénateur James Stewart. « This is West. And when the legend becomes fact, print the legend », dit-il à L'Homme qui tua Liberty Valance. Sauf que le film de Ford, justement, montre que ce n'est pas lui qui tua  Liberty, mais un pauvre inconnu mort dans l'oubli de tous. Le véritable héros n'est pas celui qui est désigné au départ. Ou, comme la scène du duel entre l'avocat et le hors-la-loi nous est montrée deux fois, sous deux angles différents, deux sentiments et significations différents, il faut y regarder à deux fois chez Ford.