ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.



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15 septembre 2010

Encore un mot, en trépassant

Pendant ce temps, en attendant Le Horla de Pollet, avec François on s'amuse à imaginer qui pour faire du Maupassant cinématographique. Chabrol. Trop tard. Si l'on excepte ses trucs télévisés. Corneau. Non c'est une blague. Encore que... Trop tard quand même. Polanski. Trop tard ?.... Dario Argento ? Eh, why not ? Non, trop tard.

Un mot en repassant

Retour de vacances. François et Jean-Paul me tombent dessus. L'un après l'autre, sans s'être consultés. Puis ensemble. C'est quoi ces conneries sur Maupassant ?! Il faut arrêter avec cette fausse idée d'un cinéma incapable de s'emparer de la littérature. Il y a de bonnes et de mauvaises adaptations. Pas une bonne littérature contre un mauvais cinéma. Bien sûr ils ont raison. Même si ce n'était pas mon propos. Et puis Lemtchek ne dit pas la vérité. Il dit sa vérité. Sa vérité du moment. Et à ce moment-là, je ne voyais pas – je ne vois toujours pas – Maupassant au cinéma, autrement que de manière radicale, plutôt expérimentale, tel un plan fixe sur un mur ou un feuillage jouant de variations entre ombre et lumière, comme la magie d'un polaroid se révélant. Bien sûr cela vaut pour la partie fantastique de son oeuvre, tendance Horla. Bien sûr, sur plus de la centaine, j'ai déjà vu des films adaptés de Maupassant, des plus ou moins bien, mais là n'est pas le problème. Le problème, c'est que Jean-Paul s'entête et s'emporte : "Espèce de frelon lubrique, vous pourrez parler de l'adaptation de Maupassant au cinéma quand vous aurez vu Le Horla de Jean-Daniel Pollet ! Si vous réchappez à la camisole, alors, peut-être que l'on pourra faire quelque chose de vous..." Rien à faire, il m'a hanté. Il faut absolument que je voie ce film, un moyen métrage de 1966 avec Laurent Terzieff. Mais pas de film. Pas sur les éditions dvd, pas sur le net. Il faut que je voie ce film. Messieurs les éditeurs, Monsieur POM Films, si vous pouviez faire quelque chose... Une ressortie, un bonus dvd... je prendrais même une vhs timecodée de sous le manteau. Il faut que je voie Le Horla de Jean-Daniel Pollet. C'est une question de vie ou de mort.

5 août 2010

Un mot en passant

C'était un dimanche. Je cherchais une bande dessinée à lire sur le canapé. Il n'y avait rien qui me disait. Rien pour aller avec ce dimanche après-midi là. Il faut vraiment que j'enrichisse ma bibliothèque bd, étais-je en train de me dire. Quand je tombais sur deux ouvrages oubliés de Battaglia. Des cadeaux du père Monguy. Battaglia raconte Guy de Maupassant. 1 et 2. Je les ai engloutis. Ou plutôt, ils m'ont englouti. Il fallait que j'aille direct à la source. Hier soir j'ai fini de relire en vrac quelques contes et nouvelles de Maupassant. Du Borges avant l'heure. Du Borges + Flaubert, me répondait tout à l'heure Régis - certainement la meilleure définition. Un certain réalisme magique – paradoxalement - très sud-américain. Et un art certain de la narration, de toucher, à travers de petits détails et sur un récit très court, quelque chose d'impalpable. J'ai fini, hier soir, par Qui sait ?, l'histoire d'un narrateur sain d'esprit qui raconte comment il est allé de son propre gré se reposer dans un asile après avoir vu ses meubles, tous ses meubles, quitter sa maison. L'histoire en quelque sorte d'une possession marquée par une dépossession. J'aime bien cette idée. Et m'interrogeais: la possession (être possédé, par un esprit) ne serait-elle pas plutôt une dépossession ; de la (de sa) raison ? Bref, peu importe. Ce qui m'a frappé ici, à cette lecture, c'est plutôt le caractère faussement cinématographique d'un Maupassant qui en réalité est complètement inadaptable au cinéma. Alors que pourtant, de prime abord, il a tout ce que pourrait espérer un scénariste. Je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais vu un film tiré d'une oeuvre de Maupassant, mais, est-ce la faute de Battaglia, c'est une oeuvre que je ne puis désormais imaginer avec des images en mouvement, voire même avec du son. Ou alors un seul plan fixe. Car seule une image fixe peut rendre ce fantastique du quotidien. Ou plutôt, fixer une image. Comme un tableau, jusqu'à qu'il nous délivre un secret. Comme un mur ou un plafond, jusqu'à ce que l'invisible y fasse son apparition.