Non, Lemtchek ne s'est pas défenestré à la suite de Mario Monicelli. Il aurait pu ceci dit : il s'est rendu à Utopia voir Rubber. Non pas que le film de Dupieux vaille l'envie de crever, mais Utopia reste le temple du cinéma, la chapelle des poncifs sur le cinéma, et sa gazette, le missel mal inspiré d'un fossoyeur qui s'ignore. De quoi se foutre en l'air avant l'heure. Pénétrer tel mausolée au sortir d'Extrême Cinéma, c'est risquer de se retrouver le suicide accroché à la boutonnière, un badge « garanti sans 3D » épinglé comme une médaille poignarde le troufion qui cherchait juste à survivre, ou une fiente d'angelot tombée d'on ne sait quel ciel ; ce qui revient au même. Mais non ; Lemtchek se demandait seulement si la plaque minéralogique qui tombe de l'estomac éventré du premier gros requin dans Les Dents de la mer pouvait être une de celles qui ornent la carlingue du camion de Duel. On sait que Jaws est exactement bâti sur le même principe que Duel, l'ossature de Duel habillée, mise en chair, étoffée... D'où la plaque d'immatriculation dans le ventre du squale : Jaws = Duel ingurgité par une production plus conventionnelle. Mais ce n'est pas la métaphore que cherche Lemtchek. Non il se demande réellement si Spielberg n'a pas fourré dans son requin une plaque trophée utilisée pour le camionotaure de son Duel, comme une private joke ou un clin d'œil intime et personnel que lui seul saurait. Cela n'a aucune importance, no reason, comme dit le prologue de Rubber. No reason. C'est pourquoi c'est obsédant.
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15 décembre 2010
No Reason
19 novembre 2010
Toro Toro Toro
Il est énorme. D'un noir graisseux. Fumant, gouttant, fulminant, Minotaure d'acier levant la poussière d'un désert de feu. Le camion citerne de Duel est un macguffin, comme le grand requin blanc, l'arche perdue, etc. On s'en fout de ce qu'il est vraiment, qu'il ait un chauffeur ou pas ; comme le macguffin hitchcockien, il est là pour faire avancer l'histoire. À cela près que d'habitude, chez Hitchcock comme Spielberg, ce sont les personnages qui se lancent à la recherche du macguffin. Ici, c'est le macguffin qui cherche le personnage. Homme, homme, homme... C'est le macguffin taureau mécanique qui vient agiter la muleta de l'homme. Homme, homme, homme... olé ! Parce que Duel est une corrida. Une corrida inversée. Jusqu'au final, jusqu'à ce que l'homme se décide à jouer son rôle et, dans le dernier face à face, lance sa voiture rouge comme le matador sa muleta pour leurrer l'animal. Mise à mort. C'est dans la mort du camionotaure que l'homme naît. Il s'appelait Mann. Un nom prédestiné.
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