ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.



2 juillet 2010

L'agence tous risque, c'est...

vu l'Agence tous risques - en VF, pour retrouver le "j'adore qu'un plan se déroule sans accroc" de mon enfance. Il y était bien. L'enfance, plus vraiment.
Le fameux camion de Barracuda se fait dézinguer d'emblée. Il était un symbole de la série, le foyer du team. On est ailleurs. On est dans le "begins". Avant que le team ne soit mis hors la loi. Barracuda, dans une crise de foi, se laisse pousser les cheveux avant de retrouver son irokoise. On est dans le bégaiement.
L'Irak remplace le Vietnam et c'est la CIA qui charge plutôt que les MP. Le tout me semble pourtant moins corrosif que la série. Moins jouissif surtout. Trop de moyens. Trop de technologie. Il manque LA scène où Barracuda construit un tank avec une scie à métaux, un chalumeau et un tracteur rouillé, au fond d'une grange. A un moment, un perso demande un stylo. Un autre lui répond qu'à notre époque plus personne ne se sert de stylo. C'est peut-être ça le problème. Trop de technologie aujourd'hui pour ce type de série des années 80. Peut-être K 2000 s'en tirerait bien, vu qu'à l'époque la technologie revendiquée n'était pas à la hauteur des effets spéciaux d'alors. Pour Mac Guiver en revanche, ça risque d'être compliqué de démarrer un iphone avec un trombone, même si le postulat écolo de cette série pourrait être tout à fait bankable.
Je me dis qu'à force de faire des films à partir de séries télé, surtout celles des 70's, 80's, l'adaptation ne va plus être suffisante et il va falloir envisager la reconstitution.

1 juillet 2010

Rohmer, Tintin : même combat

Je parlais de La Campagne de Cicéron à François, devant un tartare de sa cantine du vendredi midi. Je lui disais combien le film de Jacques Davila m'avait surpris. Son humour. Son décalage. Un film que l'on croirait sorti des années 70 par sa forme, empreint des années 80 par les vêtements et les coupes des comédiens, mais sorti en salle en 1990. Quelque chose de rohmérien (sans son rapport pédophile à la jeunesse) avec l'humour d'un Guiraudie ou d'un Moullet. 
Il y a ce haut parleur municipal qui scande en voix off de ses messages à caractère informatif les hauts moments de la journée du petit village de l'Hérault où se déroule l'action. Allo, allo, la coiffeuse sera sur la place de la mairie à 14h. Il y a ce noyé qui n'en est pas un et qui traverse le champ, en l'occurrence un trou d'eau, lesté d'une grosse pierre ; comme la femme à la bûche de Lynch.
J'expliquais à François avoir noté au moins à trois reprises des références à Tintin, la fusée de On a marché sur la Lune posée sur une étagère, la jupe de Sabine Haudepin aux motifs BD, les tranches de trois albums de Tintin posés au premier plan sur une table de nuit. Je me demande ce que cela vient faire là et si ça veut dire quelque chose. Peut-être est-ce seulement une private joke ? François me lâche alors que Rohmer et Tintin, c'est la même chose. Tintin et Rohmer : même combat. Je reste interdit. Le cadre, simple, à l'essentiel, et du blabla, trop d'écrit. Putain, c'est que c'est pas con son truc. Il me donne envie de revoir du Rohmer. J'achète Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rakham le Rouge, tout excité, quasi comme un gosse. Comme quand j'étais gosse, féru d'histoires d'aventures. Je me fais un dimanche après-midi Hergé. Putain je suis pas près de revoir un film de Rohmer. 

Aux chiottes - le retour

"Je voudrais être une poulette. Même élevée en batterie dans un horrible hangar au milieu de milliers de consoeurs tout aussi caquetantes que moi, même si je dois manger du maïs OGM qui me rendrait obèse...", commence ainsi la présentation de Fantastic Mr Fox dans la gazette Utopia. Fantastique cette gazette. Le cinéma pour elle est avant tout une question de grain. Deux sortes de spectateurs : le bouffeur de maïs OGM, comprendre le spectateur pop-corn, et le faucheur volontaire. Vous ne viendrez pas chez nous par hasard nous dit la gazette Utopia. La cinéphilie chez Utopia, c'est aimer et défendre le grain, pas celui de la pelloche ; le maïs. C'est formidable Utopia. C'est l'exploitant de cinéma qui a pris au pied de la lettre le "champ / contre-champ" ; qui se prend pour un exploitant agricole. C'est l'exploitant avec qui boire du gros rouge qui tache comme du petit lait. On peut y aller avec ses gros sabots. On avait Agnès B aime le cinéma. Maintenant, on a Utopia aime le maïs.


PS : Régis va même jusqu'à filer la métaphore utopienne : (spectateur) faucheur contre (spectateur) facho. Il n'a certainement pas tort.

Avatar 4

Soit Avatar s'adresse à - et magnifie - une génération qui préfèrerait vivre dans le virtuel plutôt que d'affronter la réalité. En gros, une génération « Second Life » ; encore que comme tout buzz, on n'en entend plus parler. Peut-être jusqu'aux prochaines élections.
Soit Cameron affirme, de façon prophétique (?), la victoire et la suprématie de la 3D sur le « cinéma traditionnel ». Jake Sully qui devient son avatar, c'est le cinéma traditionnel, handicapé, diminué, qui retrouve des couleurs, une nouvelle vitalité, en optant pour la carte de la 3D et du virtuel. Mais la narration d'Avatar, toute épique qu'elle soit, est des plus traditionnelles. Il n'apporte rien au langage cinématographique. Et ce ne serait qu'une révolution de surface qui n'a rien à voir avec le passage du muet au parlant.
Alors ce serait l'avènement d'une 3D qui sauverait le cinéma d'internet et du téléchargement, comme le cinémascope fut dans un autre temps la réponse des studios au danger que représentait la télé.

Avatar 2

Cameron dans son Avatar invente un monde une végétation, une faune, une nature. Il la filme comme un documentaire sur les beautés de la planète tels que c'est la mode depuis quelques années. On pense à ses docus sous-marins de ces dernières années, Le Fantôme du Titanic, Aliens of the Deep. La lumière est superbe, on a l'impression de nager au fond des océans. Mais ses images aussi virtuoses soient elles sont accompagnées d'une musique insupportable. Dans les bandes annonces qui précédaient la projo se trouvait d'ailleurs celle de Océan...Effet de cause à conséquence, on se retrouve face à de belles images, insolites et virtuoses, d'un monde virtuel, des images lisses, papier glacé, froides malgré la chaleur des couleurs. Et on pense à Terence Malick et à Miyasaki, à leur manière quasi animiste de filmer la nature chacun dans leur domaine.

Avatar 3

Film générationnel, écrivais-je. Je pensais à Matrix. Je n'en démords pas. En même temps c'est tout le contraire. Matrix disait : ton monde est virtuel, débranche-toi, la réalité est ailleurs. Avatar, comme son titre l'indique, nous raconte une transformation, l'histoire d'un type, handicapé, inadapté à la vie humaine, qui va, à travers le contrôle d'un avatar, devenir un véritable héros dans un monde extraterrestre et finir par incarner complètement celui-ci en décidant d'abandonner son enveloppe corporelle. Réincarnation et blablabla, le truc pourrait être un délire hindouiste. C'est une ode au virtuel. C'est l'histoire d'un type qui trouve que son monde n'est pas beau et décide de vivre dans un autre. Ton monde est pourri, branche-toi, le virtuel sera ta réalité. C'est le geek qui, plutôt que de mener le combat écologique dans la réalité, s'oppose aux multinationales qui dévastent le monde à travers son avatar, virtuellement, devant sa console de jeu (en l'occurrence, une sorte de cercueil à UV). La scène de fight final est filmée comme un fight de jeu vidéo. On est loin de Terminator. Dans Terminator d'ailleurs, une machine du futur camouflait son exo-squelette d'acier sous une enveloppe humaine factice. Ici l'équivalent pour le fight final est un homme dans un exo-squelette. Les donnes dont inversées.

aux chiottes

Aux chiottes, je parcourais la gazette d'Utopia et tombais sur Kiss me deadly. En quatrième vitesse je m'enquerrais de ce que pouvait bien en dire le rédacteur. Rien sinon une ligne tout de même pour souligner "le roman médiocre commis par le facho Mickey Spillane" et vite, comme à l'accoutumée, je raconte le film. La gazette d'Utopia, c'est le "si vous avez manqué le début" des Télé 7 jours de quand on était gosse – un comble tout de même pour un cinéma qui se targue de commencer à l'heure. Rien de tel que raconter l'histoire d'un film pour ne pas en parler ; du film. Ce qui travaille le dit rédacteur ici, c'est le final ; "(par pitié ne le racontez pas à vos copains ou copines)" nous assène-t-il au détour d'une parenthèse péremptoire dont la gazette s'est faite spécialiste. Il n'a pourtant qu'une envie, c'est nous le dévoiler ce final "absolument imprévisible". Et il nous glissera malgré son propre avertissement quelques suggestions irrépressibles, "jusqu'au dernier plan, le plus cauchemardesque de tous..." et "même si à la fin, la lumière vient. Et quelle lumière ! Mais chut...". 
Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour ce pauvre rédacteur tiraillé par ce désir de raconter ce que lui même s'est (nous a) interdit de dire. Quelle frustration. Je ne peux m'empêcher aussi de penser à ceux qui ne connaîtraient pas le film et ne le regarderont de son fait que dans l'impatience du final, quand un film - celui-ci, mais tous en général - ne peut se réduire à son final. 

Il faudra bien comprendre un jour qu'un film ne se résume pas à son synopsis et que l'on peut très bien en révéler la fin sans en briser la magie ni altérer le plaisir à le regarder, voire de le revoir. Miser sur la surprise serait envisager un film que comme un produit jetable, un kleenex.