Predators pour en finir. Il y a quand même une bonne idée. Ce sont les 30 premières secondes. Le personnage est carrément parachuté dans l'histoire. Il se réveille en pleine chute libre, ne comprenant pas ce qui lui arrive, ni où il est, avant de chercher désespérément l'anneau pour déclencher son parachute. Ça c'est une bonne entrée en matière. Le problème c'est que le reste du film est en chute libre et ne parvient pas, lui, à trouver le mécanisme déclencheur de son parachute... Mais n'en parlons plus. On s'est bien marré quand même avec Régis. A posteriori. En repensant à ce pauvre Brody désireux de jouer de son body. Le pauvre semble nager dans ses dix kilos de masse musculaire acquis pour l'occasion. Pourquoi pas un film d'action avec un tel acteur, mais à ce moment-là tu écris le rôle pour lui. Là il est taillé pour Vin Diesel, sans les punchlines qui vont avec. C'est un métier acteur de films bourrins. Et Adrien ne lui arrive pas à la cheville. Quand il gueule « je vais te crever », il semble dire du Shakespeare. Et à la fin, quand il se vêt de boue il endosse le costume d'un Schwarzi trop grand à porter. Dommage, on l'imaginait dans le camp des predators, un campement cheap à la Koh lanta ou à la Lost, ramassant un crâne d'alien et déclamant « To run or not run, that is the question »...
29 juillet 2010
Or not to.
Pour tirer la chasse du comte
Predators encore. Pour tirer La Chasse du comte Zaroff, il eut fallu un peu plus de sadisme. Comme disait Régis, ce qui marchait dans Predator, c'est qu'on ne connaissait pas la bestiole et qu'on était dans la même position que les personnages. On pouvait s'identifier. Ce qui marchait, c'est que l'on glissait du film de guerre type Commando (Predator, finalement, commençait comme un préquel de Commando) au film de SF sans crier gare. Ici, ils veulent nous refaire le coup, sauf que désormais les bestiaux on les connaît bien. Et si la prod avait été maline, c'est à eux qu'elle nous aurait poussés à nous identifier. Désormais si l'on veut que la franchise marche, il faut amener le spectateur à s'identifier au predator et à chasser l'homme à travers le masque de la face de crabe. Chasser, c'est à dire suivre, observer, traquer l'homme avant de le dépecer.
Qu'est-ce que c'est que ce « s » ?
Hier avec Régis on s'est fait Predators à l'UGC. Predators. Avec un « s ». ?. Un « s » parce qu'ils sont trois predators ? Un « s » parce qu'ils chassent non seulement les humains mais aussi d'autres predators ? Oui, on apprend qu'il y a deux castes de predators et que comme l'homme est un loup pour l'homme, le predator l'est pour le predator. Ou un « s » parce que l'homme, qui est aussi un prédateur, pourrait être en passe de devenir un predator. Du moins symboliquement. Ce serait l'idée et elle serait pas mal, sauf qu'elle n'est pas. On y a cru un instant, quand Morpheus fait littéralement son apparition sous une armure de predator qui rend invisible. Enfiler le costume de predator, devenir predator pour lutter contre les predators. C'est à dire devenir invisible. C'eut été intéressant visuellement. Elle est abandonnée avant même d'être née. Tout comme Morpheus, fou buté aussitôt après qu'il a servi au scénario à expliquer le merdier aux personnages. Tout comme toute idée d'ailleurs. Predators est un florilège de ressorts scénaristiques foireux, amenés aux forceps et aussitôt abandonnés : Tout à coup, Adrian Brody, qui se fait remonter les bretelles par la latina de service, lui lance « tu leur dis ou je m'en charge ? ». Quoi ? Putain, j'ai pas bien compris là. Mais d'où tu sors ça man ? Et elle explique à l'équipe de bras cassés savoir ce que sont les predators en se basant sur le premier du nom. Elle raconte Schwarzi et la boue pour passer inaperçu. Mais ils ne se couvriront pas de boue, sauf Brody pour le final ridicule. Il y a aussi le toubib qui eût pu être le personnage clé par sa couardise, appât ou malin sadique, mais qui se réveille tout à coup grand méchant. Comme ça... Pour pouvoir être décemment sacrifié. What the fuck man. Mais c'est quoi ce truc. Bref, tout le film est malfoutu de la sorte, où chaque scène introduit de force un élément scénaristique qui doit la justifier tout en devenant encombrant pour la suivante. Bref, on s'est mangé le navet de l'été écrit par des boutonneux. Pas une bonne baston. Et du dialogue au kilomètre qui court après son histoire. 80 min qui font 2h30.
26 juillet 2010
Aux chiottes
Aux chiottes, je pissais mon bol du matin. Depuis le poste radio de la cuisine, Utopia parlait dans le micro, expliquait, légitimait, justifiait son boycott d'un film israélien. Je n'entendais pas très bien - mon jet d'urine avec le fond de la cuvette faisait un trop fort bruit de cascade. J'aime bien faire du bruit en pissant. Et puis pour ce qu'a à dire Utopia... Je repensais à Louis Delluc, à ses propos sur la censure, comment c'était déjà... Ah oui, « Ce qui condamne le principe même de la censure, c'est qu'elle ne commet pas une sottise de moins quand elle est exercée par des gens intelligents et lettrés ». Je me disais que plutôt qu'exercer sa sottise sur les films, Utopia ferait mieux d'ouvrir une salle à Gaza où ils projetteraient des films israéliens et une salle à Tel Aviv où ils projetteraient des films palestiniens. Et puis ils pourraient organiser des pique-niques où chacun amènerait qui sa tarte, qui sa quiche, qui son gâteau... Mais attention que du fait maison. Par pitié pas de sous cellophane. Utopia bien-sûr fournirait le café. Et puis je me suis secoué la bite pour faire tomber la dernière goutte. Et j'ai tiré la chasse.
25 juillet 2010
Citation
"Quand je tourne en extérieurs, je sens et je vois les lieux avec une telle violence que lorsque je les revois, on dirait des tombes, totalement mortes.
Il y a des endroits au monde qui pour mes yeux sont des cadavres ; comme j'y ai tourné, ces lieux n'ont plus de raison d'être.
Jean Renoir a dit quelque chose qui me semble faire référence à la même chose. Il a dit : "Nous devons rappeler aux hommes qu'un champ de blé peint par Van Gogh peut être plus passionnant qu'un champ de blé naturel".
Il est important de comprendre que l'art transcende la réalité. Et que le film offre une autre réalité."
Orson Welles
"L'art, c'est l'homme ajouté à la nature", disait Francis Bacon.
"On ne dit jamais "je serai peintre" devant un beau site, mais devant un beau tableau", aurait confirmé Renoir, l'Auguste.
Boucherie
Pas vraiment satisfait du titre de mon post d'hier. Il avait le mérite d'évoquer la boucle, ce que je cherchais, mais ne me convainquait pas. Tout à l'heure, au réveil d'une petite sieste, j'ai pensé à "Bouche cousue main". Cela aurait peut-être été mieux. Ou, "Bouche cousue. Main", en jouant sur la ponctuation. A voir, à la relecture du texte. Oh et puis non, on s'en fout. Peu importe. Après tout, ça n'a aucune importance.
à
17:08
24 juillet 2010
Bouche à bouche
Revu, donc, La Bête humaine. Premier plan : gros plan sur la trappe par laquelle on enfourne le charbon dans la chaudière. Une bouche de fonte. Le son du sifflet traverse le plan comme le cri d'une âme aspirée dans l'abîme. Personnification de la machine. Oracle moderne alimenté et servi par des hommes sans plus de langage sinon celui des signes et asservis au rituel, celui du cheminot, filmé de manière réaliste, mais qui dénote déjà quelque chose de liturgique dans le profane. Golems de la machine. La Louison s'enfonce dans un tunnel. Long plan noir ; on attend la lumière pointer au bout du tunnel. La grande messe est lancée à toute vapeur. Ce sera une tragédie. En langage de signes. Les runes sont jetées. Le destin parle par la bouche de la loco. Il est écrit sur les lignes du chemin de fer, comme sur les lignes d'une main. Les mains de Gabin sur le cou de Simone Simon ? En fait c'est à elle que s'attache la fatalité. Elle, la femme fatale. Avec son minois de chatte ; n'est-ce pas elle, la bête humaine ? La femme chat. Elle qui déclenche la tragédie. Mais elle n'est pas encore La Féline qu'en fera Tourneur. Et pour l'heure, de femme fatale, elle est plutôt femme de la fatalité. C'est elle qui l'attire et l'attise. À la fois criminelle et victime. Moins manipulatrice que femme objet entre les mains d'une fatalité bien décidée à s'amuser avec les humains comme avec des marionnettes. Car c'est elle, la fatalité, qui est véritablement personnifiée dans ce film. Elle l'est dans la mise en scène de Renoir. Déifiée, en quelque sorte, véritable démiurge de cette histoire. Et qui joue aussi bien avec nous spectateurs. Pour le premier crime, celui de Granmorin dans le train, les rideaux du wagon sont baissés, la caméra est à l'extérieur, dans le couloir, et on ne verra rien. Pourtant le plan, fixe, sur le compartiment et ses rideaux baissés, durera tout le temps du meurtre. Des rideaux baissés comme des paupières fermées. Pour le deuxième crime, ça se passe dans la chambre. La caméra est dans le salon. Toujours à l'extérieur du lieu de l'action. Mais ce coup-ci la porte est ouverte. Le plan toujours fixe. Position du spectateur. Dans un premier temps l'action se déroule hors champ, enfin, hors encadrement de la porte, et on se dit que Renoir va nous refaire le coup du train. Mais finalement Simone Simon entre dans le champ où Gabin finira de l'étrangler. Et c'est à travers cet encadrement de porte que l'on suivra l'action, comme à travers les doigts d'une main posée sur nos yeux... C'est la fatalité qui nous raconte cette histoire tout en nous renvoyant constamment à, et nous maintenant dans, notre position de spectateur. C'est la fatalité qui s'amuse de son histoire et s'amuse de nous avec son histoire. Un peu plus loin, Gabin se jettera de la Louison en marche, après un tunnel, comme une dernière métaphore de la bouche de celle qui nous a raconté cette histoire, et qui aura jusqu'au bout le dernier mot. Le soir, Fred et Aymeric m'ont amené au Recylart où était projeté sous la voie ferrée Jupier's Dance, un documentaire sur la scène musicale de Kinshasa. Je restais bouche bée devant les images de danseurs qui dansent non seulement avec leur corps mais également avec leur bouche. La boucle était bouclée. Et ma bouche bouchée.
à
18:28
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