ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.


9 janvier 2013

Double programme (Ramrod / Forty Guns)


Femme de feu. André de Toth. 1947. Ramrod dans son titre original. Un western. Un western qui tient davantage du film noir. Avec sa femme fatale en la présence de la glaciale Veronika Lake. Un western de femme. Féminin. Pas encore féministe. L'histoire d'une femme prête à tout pour s'emparer d'une petite ville aux mains d'un caïd, un gros éleveur qui ne souhaite qu'une chose, l'épouser elle. Un caïd de cowboy qui veut lui donner la ville si elle consent à l'épouser. Elle, elle veut la ville, mais sans lui. Elle, elle veut lui arracher la ville des mains. Et pour cela, elle est prête à séduire tous les hommes des alentours. Surtout les renégats. À commencer par un misérable alcoolique dont elle fait son contremaître, rien moins que Joël McCrea. C'est le « ramrod » du titre original que le titre français vient lui disputer. L'homme fragile, mais droit, intègre. Elle, la vénéneuse, amorale, fatale. Comme le titre français, en accord avec lui pour une fois, on la préfèrera. Dans un monde de mecs, elle se bat avec ses armes. Et au duel, elle joue le duo. Pire qu'eux. Elle (les fait) dégaine(r) d'un battement de cils. Elle (fait) tue(r) avec son cul. Elle est la femme fatale, venue du film noir dans le western. Parce que la fin justifie les moyens, elle aura la main mise sur la ville. Parce que la morale doit être sauve, elle perdra l'amour. Une femme qui n'est pas sans rappeler celle qu'incarnera Barbara Stanwyck dix ans plus tard dans le Forty Guns de Sam Fuller. Elle la précède. Elle est la même, plus jeune, avide de pouvoir. Elle est la même, plus vieille, fatiguée du pouvoir. Double programme à voir l'un à la suite de l'autre. Portrait d'une femme à deux moments de sa vie. Portrait de femme scellé par le rapport à la nature et la manière des deux cinéastes à filmer leurs décors naturels. La nature qui refuse l'action chez de Toth. La nature qui annonce l'action chez Fuller.

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