ou le ciné m'a tuer

La bataille avait été rude et il fallait déjà repartir. Merrill inspectait ses maraudeurs. On était chez Fuller, avec ses Merrill's Marauders. Le général Merrill mâchouillait sa pipe mal embouchée, toujours à la recherche du prochain pas. Il passait en revue ses hommes épuisés. L'un agonisait, délirait. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ? Je l'ai vu tomber. Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?", expirait-il en agrippant le bras du général, les yeux fous. Et il est mort. "Est-ce que Lemtchek s'en est tiré ?" demanda le général. "C'était lui Lemtchek", lui répondit un de ses camarades.
Remplacer Lemtchek par cinéma.


29 juillet 2010

Or not to.

Predators pour en finir. Il y a quand même une bonne idée. Ce sont les 30 premières secondes. Le personnage est carrément parachuté dans l'histoire. Il se réveille en pleine chute libre, ne comprenant pas ce qui lui arrive, ni où il est, avant de chercher désespérément l'anneau pour déclencher son parachute. Ça c'est une bonne entrée en matière. Le problème c'est que le reste du film est en chute libre et ne parvient pas, lui, à trouver le mécanisme déclencheur de son parachute... Mais n'en parlons plus. On s'est bien marré quand même avec Régis. A posteriori. En repensant à ce pauvre Brody désireux de jouer de son body. Le pauvre semble nager dans ses dix kilos de masse musculaire acquis pour l'occasion. Pourquoi pas un film d'action avec un tel acteur, mais à ce moment-là tu écris le rôle pour lui. Là il est taillé pour Vin Diesel, sans les punchlines qui vont avec. C'est un métier acteur de films bourrins. Et Adrien ne lui arrive pas à la cheville. Quand il gueule « je vais te crever », il semble dire du Shakespeare. Et à la fin, quand il se vêt de boue il endosse le costume d'un Schwarzi trop grand à porter. Dommage, on l'imaginait dans le camp des predators, un campement cheap à la Koh lanta ou à la Lost, ramassant un crâne d'alien et déclamant « To run or not run, that is the question »...

Pour tirer la chasse du comte

Predators encore. Pour tirer La Chasse du comte Zaroff, il eut fallu un peu plus de sadisme. Comme disait Régis, ce qui marchait dans Predator, c'est qu'on ne connaissait pas la bestiole et qu'on était dans la même position que les personnages. On pouvait s'identifier. Ce qui marchait, c'est que l'on glissait du film de guerre type Commando (Predator, finalement, commençait comme un préquel de Commando) au film de SF sans crier gare. Ici, ils veulent nous refaire le coup, sauf que désormais les bestiaux on les connaît bien. Et si la prod avait été maline, c'est à eux qu'elle nous aurait poussés à nous identifier. Désormais si l'on veut que la franchise marche, il faut amener le spectateur à s'identifier au predator et à chasser l'homme à travers le masque de la face de crabe. Chasser, c'est à dire suivre, observer, traquer l'homme avant de le dépecer.

Qu'est-ce que c'est que ce « s » ?

Hier avec Régis on s'est fait Predators à l'UGC. Predators. Avec un « s ». ?. Un « s » parce qu'ils sont trois predators ? Un « s » parce qu'ils chassent non seulement les humains mais aussi d'autres predators ? Oui, on apprend qu'il y a deux castes de predators et que comme l'homme est un loup pour l'homme, le predator l'est pour le predator. Ou un « s » parce que l'homme, qui est aussi un prédateur, pourrait être en passe de devenir un predator. Du moins symboliquement. Ce serait l'idée et elle serait pas mal, sauf qu'elle n'est pas. On y a cru un instant, quand Morpheus fait littéralement son apparition sous une armure de predator qui rend invisible. Enfiler le costume de predator, devenir predator pour lutter contre les predators. C'est à dire devenir invisible. C'eut été intéressant visuellement. Elle est abandonnée avant même d'être née. Tout comme Morpheus, fou buté aussitôt après qu'il a servi au scénario à expliquer le merdier aux personnages. Tout comme toute idée d'ailleurs. Predators est un florilège de ressorts scénaristiques foireux, amenés aux forceps et aussitôt abandonnés :  Tout à coup, Adrian Brody, qui se fait remonter les bretelles par la latina de service, lui lance « tu leur dis ou je m'en charge ? ». Quoi ? Putain, j'ai pas bien compris là. Mais d'où tu sors ça man ? Et elle explique à l'équipe de bras cassés savoir ce que sont les predators en se basant sur le premier du nom. Elle raconte Schwarzi et la boue pour passer inaperçu. Mais ils ne se couvriront pas de boue, sauf Brody pour le final ridicule. Il y a aussi le toubib qui eût pu être le personnage clé par sa couardise, appât ou malin sadique, mais qui se réveille tout à coup grand méchant. Comme ça... Pour pouvoir être décemment sacrifié. What the fuck man. Mais c'est quoi ce truc. Bref, tout le film est malfoutu de la sorte, où chaque scène introduit de force un élément scénaristique qui doit la justifier tout en devenant encombrant pour la suivante. Bref, on s'est mangé le navet de l'été écrit par des boutonneux. Pas une bonne baston. Et du dialogue au kilomètre qui court après son histoire. 80 min qui font 2h30.

26 juillet 2010

Aux chiottes

Aux chiottes, je pissais mon bol du matin. Depuis le poste radio de la cuisine, Utopia parlait dans le micro, expliquait, légitimait, justifiait son boycott d'un film israélien. Je n'entendais pas très bien - mon jet d'urine avec le fond de la cuvette faisait un trop fort bruit de cascade. J'aime bien faire du bruit en pissant. Et puis pour ce qu'a à dire Utopia... Je repensais à Louis Delluc, à ses propos sur la censure, comment c'était déjà... Ah oui, « Ce qui condamne le principe même de la censure, c'est qu'elle ne commet pas une sottise de moins quand elle est exercée par des gens intelligents et lettrés ». Je me disais que plutôt qu'exercer sa sottise sur les films, Utopia ferait mieux d'ouvrir une salle à Gaza où ils projetteraient des films israéliens et une salle à Tel Aviv où ils projetteraient des films palestiniens. Et puis ils pourraient organiser des pique-niques où chacun amènerait qui sa tarte, qui sa quiche, qui son gâteau... Mais attention que du fait maison. Par pitié pas de sous cellophane. Utopia bien-sûr fournirait le café. Et puis je me suis secoué la bite pour faire tomber la dernière goutte. Et j'ai tiré la chasse.

25 juillet 2010

Citation

"Quand je tourne en extérieurs, je sens et je vois les lieux avec une telle violence que lorsque je les revois, on dirait des tombes, totalement mortes.
Il y a des endroits au monde qui pour mes yeux sont des cadavres ; comme j'y ai tourné, ces lieux n'ont plus de raison d'être.
Jean Renoir a dit quelque chose qui me semble faire référence à la même chose. Il a dit : "Nous devons rappeler aux hommes qu'un champ de blé peint par Van Gogh peut être plus passionnant qu'un champ de blé naturel". 
Il est important de comprendre que l'art transcende la réalité. Et que le film offre une autre réalité."
Orson Welles

"L'art, c'est l'homme ajouté à la nature", disait Francis Bacon.
"On ne dit jamais "je serai peintre" devant un beau site, mais devant un beau tableau", aurait confirmé Renoir, l'Auguste.

Boucherie

Pas vraiment satisfait du titre de mon post d'hier. Il avait le mérite d'évoquer la boucle, ce que je cherchais, mais ne me convainquait pas. Tout à l'heure, au réveil d'une petite sieste, j'ai pensé à "Bouche cousue main". Cela aurait peut-être été mieux. Ou, "Bouche cousue. Main", en jouant sur la ponctuation. A voir, à la relecture du texte. Oh et  puis non, on s'en fout. Peu importe. Après tout, ça n'a aucune importance.

24 juillet 2010

Bouche à bouche

Revu, donc, La Bête humaine. Premier plan : gros plan sur la trappe par laquelle on enfourne le charbon dans la chaudière. Une bouche de fonte. Le son du sifflet traverse le plan comme le cri d'une âme aspirée dans l'abîme. Personnification de la machine. Oracle moderne alimenté et servi par des hommes sans plus de langage sinon celui des signes et asservis au rituel, celui du cheminot, filmé de manière réaliste, mais qui dénote déjà quelque chose de liturgique dans le profane. Golems de la machine. La Louison s'enfonce dans un tunnel. Long plan noir ; on attend la lumière pointer au bout du tunnel. La grande messe est lancée à toute vapeur. Ce sera une tragédie. En langage de signes. Les runes sont jetées. Le destin parle par la bouche de la loco. Il est écrit sur les lignes du chemin de fer, comme sur les lignes d'une main. Les mains de Gabin sur le cou de Simone Simon ? En fait c'est à elle que s'attache la fatalité. Elle, la femme fatale. Avec son minois de chatte ; n'est-ce pas elle, la bête humaine ? La femme chat. Elle qui déclenche la tragédie. Mais elle n'est pas encore La Féline qu'en fera Tourneur. Et pour l'heure, de femme fatale, elle est plutôt femme de la fatalité. C'est elle qui l'attire et l'attise. À la fois criminelle et victime. Moins manipulatrice que femme objet entre les mains d'une fatalité bien décidée à s'amuser avec les humains comme avec des marionnettes. Car c'est elle, la fatalité, qui est véritablement personnifiée dans ce film. Elle l'est dans la mise en scène de Renoir. Déifiée, en quelque sorte, véritable démiurge de cette histoire. Et qui joue aussi bien avec nous spectateurs. Pour le premier crime, celui de Granmorin dans le train, les rideaux du wagon sont baissés, la caméra est à l'extérieur, dans le couloir, et on ne verra rien. Pourtant le plan, fixe, sur le compartiment et ses rideaux baissés, durera tout le temps du meurtre. Des rideaux baissés comme des paupières fermées. Pour le deuxième crime, ça se passe dans la chambre. La caméra est dans le salon. Toujours à l'extérieur du lieu de l'action. Mais ce coup-ci la porte est ouverte. Le plan toujours fixe. Position du spectateur. Dans un premier temps l'action se déroule hors champ, enfin, hors encadrement de la porte, et on se dit que Renoir va nous refaire le coup du train. Mais finalement Simone Simon entre dans le champ où Gabin finira de l'étrangler. Et c'est à travers cet encadrement de porte que l'on suivra l'action, comme à travers les doigts d'une main posée sur nos yeux... C'est la fatalité qui nous raconte cette histoire tout en nous renvoyant constamment à, et nous maintenant dans, notre position de spectateur. C'est la fatalité qui s'amuse de son histoire et s'amuse de nous avec son histoire. Un peu plus loin, Gabin se jettera de la Louison en marche, après un tunnel, comme une dernière métaphore de la bouche de celle qui nous a raconté cette histoire, et qui aura jusqu'au bout le dernier mot. Le soir, Fred et Aymeric m'ont amené au Recylart où était projeté sous la voie ferrée Jupier's Dance, un documentaire sur la scène musicale de Kinshasa. Je restais bouche bée devant les images de danseurs qui dansent non seulement avec leur corps mais également avec leur bouche. La boucle était bouclée. Et ma bouche bouchée.

23 juillet 2010

Sans titre de transport

Retour de Bruxelles. Vacances. Plongée dans le monde du son, perdu dans le spectre. De l'infrabasse plein l'ouïe. De quoi se nettoyer les mirettes. De la db et du potard, et vas-y que je t'envoie du sinus. Un voyage dans le bas du spectre. Fred, Aymeric, Niko, de l'Angström, De Tapol au Solar Skeleton, virée chez les toulousains belgés. Quelque chose comme une virée du côté du Bruit du son du feu Seb. Et il ne m'étonnerait pas que le master GDZ ait joué les entremetteurs depuis son au-delà. Bruxelles, direct sur la carte son. Le Nova était fermé pour cause de PleinOPENair. Mais j'ai pu croiser ses propagitateurs à la compilothèque (drôle de lieu alterno sur les quais de Bruxelles, où l'on peut déposer et emprunter des compilations faites maison). Suis passé à la Cinematek. Me suis fait le premier film qui passait, histoire de jeter un oeil à la salle. Ce fut La Bête humaine, salle Ledoux. Fauteuils trop raides et pente trop importante, carrément gradinée. Trop. Pas encore trouvé d'équivalent à l'écran de La Cinémathèque de Toulouse avec sa toile carrée, parfaite pour le muet ou le 1.37 - il faut une fois dans sa vie avoir vu un film sur l'écran de La Cinémathèque de Toulouse. Bref, bel espace tout de même que celui de la Cinematek avec un passage vers le Bozar. Je m'y suis perdu, dans les couloirs et les salles vides, seul au milieu d'une superbe expo photos de Roger Ballen. Enivré par l'écho de mes pas perdus, troublé par les mises en scène picturales du photographe. Dehors l'orage faisait rage. Je rentrais chez Fred et Aymeric. En tram. Sans billet.

7 juillet 2010

citation


Peter Bogdanovich : "Aimes-tu 2001, l'odyssée de l'espace ?

Orson Welles : "Je suis sûr que cela me plairait."

Bogdanovich : "Tu n'iras jamais le voir."

Welles : "Si... quand on sortira une version courte. Je ne reste jamais plus de deux heures dans un fauteuil de cinéma."

5 juillet 2010

L'Agence tous risques, c'est vraiment...

Hannibal n'a pas de plan. C'est Futé qui s'y colle. Futé raconte son plan. Un tour de passe passe. Le coup des trois gobelets et de la bille. Hop là, hop là... Et elle est où la bibille ? Illusion, diversion, division et on attrape le gogo, nous dit-il. Le truc, c'est qu'ils le font pour de vrai. Avec des containers et une grue. Hop là, hop là... Le truc, c'est qu'ils le font pour de vrai avec le cinéma. L'Agence tous risques, c'est vraiment la définition du cinéma hollywoodien d'action du moment. Illusion, diversion, division. Et on attrape le spectateur. C'est la définition, énoncée et mise en pratique, de ce syndrome de l'action marteau-pilon-rétinal à la vas-y que je te défonce la rétine comme Rocco un cul. Le mouvement pour créer l'illusion - tu bouges les yeux (ou plutôt, on te fait bouger les yeux) dans tous les sens mais t'as rien vu. On ne te montre rien. Je n'aime pas ce syndrome, mais j'aime bien l'idée qu'un réalisateur annonce la couleur par la voie de son personnage. Au fond, L'Agence tous risques est un film qui parle de cinéma. Le plan de Futé, c'est celui du cinéma. Avec sa métaphore sur le coup des gobelets, il parle du cinéma. C'est le plan au cinéma. Bien sûr le plan ne marche pas et il faudra(it) improviser. Il faut laisser la porte du plateau ouverte, disait Renoir, pour permettre à l'imprévu d'entrer. J'imagine son fantôme rôder sur le plateau et lâcher à la fin d'un plan : "j'adore qu'un plan se déroule sans accroc".

3 juillet 2010

syndrome du marteau pilon réti(a)nal

Agence tous risques encore. Un pop-corn movie, on en attendait pas davantage. Mais putain que le cinéma d'action actuel fait chier avec son syndrome de l'action marteau-pilon-rétinal. Plans ultra serrés et ultra cuts. Plus moyen de voir une scène de baston en plan moyen. Dès qu'il y a action, désormais, la caméra resserre son cadre et chope la tremblote. Montage épileptique. Ah ça, on sent l'impression de l'action. On y est au coeur. Dans le shaker. Mais le grand huit en stroboscope, c'est pas ce qu'il y de meilleur pour le regard.
Aujourd'hui on filme l'action comme le cul. Le cadre s'est réduit comme dans les films de cul, au point d'en devenir abstrait. Avec la différence, néanmoins, que dans un film de cul le plan dure plus longtemps, et, putain, il est fixe. Ce qui me ferait dire que comparé au cinéma d'action, le porno est durasien. Mais qui sait, peut-être que prochainement un type poussera l'effet jusqu'au bout et nous proposera une scène de baston ou d'action complètement vrillée, de près de 10 minutes, virée cinéma expérimental, et complètement assumée, jusqu'à gratter la pellicule. Comme dans ce Star Treck turc où pour la téléportation, ou les rayons laser, on grattait directement la pelloche... Ah mais merde, c'est vrai que le cinéma ne se fera bientôt plus sur pellicule.

2 juillet 2010

L'agence tous risque, c'est...

vu l'Agence tous risques - en VF, pour retrouver le "j'adore qu'un plan se déroule sans accroc" de mon enfance. Il y était bien. L'enfance, plus vraiment.
Le fameux camion de Barracuda se fait dézinguer d'emblée. Il était un symbole de la série, le foyer du team. On est ailleurs. On est dans le "begins". Avant que le team ne soit mis hors la loi. Barracuda, dans une crise de foi, se laisse pousser les cheveux avant de retrouver son irokoise. On est dans le bégaiement.
L'Irak remplace le Vietnam et c'est la CIA qui charge plutôt que les MP. Le tout me semble pourtant moins corrosif que la série. Moins jouissif surtout. Trop de moyens. Trop de technologie. Il manque LA scène où Barracuda construit un tank avec une scie à métaux, un chalumeau et un tracteur rouillé, au fond d'une grange. A un moment, un perso demande un stylo. Un autre lui répond qu'à notre époque plus personne ne se sert de stylo. C'est peut-être ça le problème. Trop de technologie aujourd'hui pour ce type de série des années 80. Peut-être K 2000 s'en tirerait bien, vu qu'à l'époque la technologie revendiquée n'était pas à la hauteur des effets spéciaux d'alors. Pour Mac Guiver en revanche, ça risque d'être compliqué de démarrer un iphone avec un trombone, même si le postulat écolo de cette série pourrait être tout à fait bankable.
Je me dis qu'à force de faire des films à partir de séries télé, surtout celles des 70's, 80's, l'adaptation ne va plus être suffisante et il va falloir envisager la reconstitution.

1 juillet 2010

Rohmer, Tintin : même combat

Je parlais de La Campagne de Cicéron à François, devant un tartare de sa cantine du vendredi midi. Je lui disais combien le film de Jacques Davila m'avait surpris. Son humour. Son décalage. Un film que l'on croirait sorti des années 70 par sa forme, empreint des années 80 par les vêtements et les coupes des comédiens, mais sorti en salle en 1990. Quelque chose de rohmérien (sans son rapport pédophile à la jeunesse) avec l'humour d'un Guiraudie ou d'un Moullet. 
Il y a ce haut parleur municipal qui scande en voix off de ses messages à caractère informatif les hauts moments de la journée du petit village de l'Hérault où se déroule l'action. Allo, allo, la coiffeuse sera sur la place de la mairie à 14h. Il y a ce noyé qui n'en est pas un et qui traverse le champ, en l'occurrence un trou d'eau, lesté d'une grosse pierre ; comme la femme à la bûche de Lynch.
J'expliquais à François avoir noté au moins à trois reprises des références à Tintin, la fusée de On a marché sur la Lune posée sur une étagère, la jupe de Sabine Haudepin aux motifs BD, les tranches de trois albums de Tintin posés au premier plan sur une table de nuit. Je me demande ce que cela vient faire là et si ça veut dire quelque chose. Peut-être est-ce seulement une private joke ? François me lâche alors que Rohmer et Tintin, c'est la même chose. Tintin et Rohmer : même combat. Je reste interdit. Le cadre, simple, à l'essentiel, et du blabla, trop d'écrit. Putain, c'est que c'est pas con son truc. Il me donne envie de revoir du Rohmer. J'achète Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rakham le Rouge, tout excité, quasi comme un gosse. Comme quand j'étais gosse, féru d'histoires d'aventures. Je me fais un dimanche après-midi Hergé. Putain je suis pas près de revoir un film de Rohmer. 

Aux chiottes - le retour

"Je voudrais être une poulette. Même élevée en batterie dans un horrible hangar au milieu de milliers de consoeurs tout aussi caquetantes que moi, même si je dois manger du maïs OGM qui me rendrait obèse...", commence ainsi la présentation de Fantastic Mr Fox dans la gazette Utopia. Fantastique cette gazette. Le cinéma pour elle est avant tout une question de grain. Deux sortes de spectateurs : le bouffeur de maïs OGM, comprendre le spectateur pop-corn, et le faucheur volontaire. Vous ne viendrez pas chez nous par hasard nous dit la gazette Utopia. La cinéphilie chez Utopia, c'est aimer et défendre le grain, pas celui de la pelloche ; le maïs. C'est formidable Utopia. C'est l'exploitant de cinéma qui a pris au pied de la lettre le "champ / contre-champ" ; qui se prend pour un exploitant agricole. C'est l'exploitant avec qui boire du gros rouge qui tache comme du petit lait. On peut y aller avec ses gros sabots. On avait Agnès B aime le cinéma. Maintenant, on a Utopia aime le maïs.


PS : Régis va même jusqu'à filer la métaphore utopienne : (spectateur) faucheur contre (spectateur) facho. Il n'a certainement pas tort.

Avatar 4

Soit Avatar s'adresse à - et magnifie - une génération qui préfèrerait vivre dans le virtuel plutôt que d'affronter la réalité. En gros, une génération « Second Life » ; encore que comme tout buzz, on n'en entend plus parler. Peut-être jusqu'aux prochaines élections.
Soit Cameron affirme, de façon prophétique (?), la victoire et la suprématie de la 3D sur le « cinéma traditionnel ». Jake Sully qui devient son avatar, c'est le cinéma traditionnel, handicapé, diminué, qui retrouve des couleurs, une nouvelle vitalité, en optant pour la carte de la 3D et du virtuel. Mais la narration d'Avatar, toute épique qu'elle soit, est des plus traditionnelles. Il n'apporte rien au langage cinématographique. Et ce ne serait qu'une révolution de surface qui n'a rien à voir avec le passage du muet au parlant.
Alors ce serait l'avènement d'une 3D qui sauverait le cinéma d'internet et du téléchargement, comme le cinémascope fut dans un autre temps la réponse des studios au danger que représentait la télé.

Avatar 2

Cameron dans son Avatar invente un monde une végétation, une faune, une nature. Il la filme comme un documentaire sur les beautés de la planète tels que c'est la mode depuis quelques années. On pense à ses docus sous-marins de ces dernières années, Le Fantôme du Titanic, Aliens of the Deep. La lumière est superbe, on a l'impression de nager au fond des océans. Mais ses images aussi virtuoses soient elles sont accompagnées d'une musique insupportable. Dans les bandes annonces qui précédaient la projo se trouvait d'ailleurs celle de Océan...Effet de cause à conséquence, on se retrouve face à de belles images, insolites et virtuoses, d'un monde virtuel, des images lisses, papier glacé, froides malgré la chaleur des couleurs. Et on pense à Terence Malick et à Miyasaki, à leur manière quasi animiste de filmer la nature chacun dans leur domaine.

Avatar 3

Film générationnel, écrivais-je. Je pensais à Matrix. Je n'en démords pas. En même temps c'est tout le contraire. Matrix disait : ton monde est virtuel, débranche-toi, la réalité est ailleurs. Avatar, comme son titre l'indique, nous raconte une transformation, l'histoire d'un type, handicapé, inadapté à la vie humaine, qui va, à travers le contrôle d'un avatar, devenir un véritable héros dans un monde extraterrestre et finir par incarner complètement celui-ci en décidant d'abandonner son enveloppe corporelle. Réincarnation et blablabla, le truc pourrait être un délire hindouiste. C'est une ode au virtuel. C'est l'histoire d'un type qui trouve que son monde n'est pas beau et décide de vivre dans un autre. Ton monde est pourri, branche-toi, le virtuel sera ta réalité. C'est le geek qui, plutôt que de mener le combat écologique dans la réalité, s'oppose aux multinationales qui dévastent le monde à travers son avatar, virtuellement, devant sa console de jeu (en l'occurrence, une sorte de cercueil à UV). La scène de fight final est filmée comme un fight de jeu vidéo. On est loin de Terminator. Dans Terminator d'ailleurs, une machine du futur camouflait son exo-squelette d'acier sous une enveloppe humaine factice. Ici l'équivalent pour le fight final est un homme dans un exo-squelette. Les donnes dont inversées.

aux chiottes

Aux chiottes, je parcourais la gazette d'Utopia et tombais sur Kiss me deadly. En quatrième vitesse je m'enquerrais de ce que pouvait bien en dire le rédacteur. Rien sinon une ligne tout de même pour souligner "le roman médiocre commis par le facho Mickey Spillane" et vite, comme à l'accoutumée, je raconte le film. La gazette d'Utopia, c'est le "si vous avez manqué le début" des Télé 7 jours de quand on était gosse – un comble tout de même pour un cinéma qui se targue de commencer à l'heure. Rien de tel que raconter l'histoire d'un film pour ne pas en parler ; du film. Ce qui travaille le dit rédacteur ici, c'est le final ; "(par pitié ne le racontez pas à vos copains ou copines)" nous assène-t-il au détour d'une parenthèse péremptoire dont la gazette s'est faite spécialiste. Il n'a pourtant qu'une envie, c'est nous le dévoiler ce final "absolument imprévisible". Et il nous glissera malgré son propre avertissement quelques suggestions irrépressibles, "jusqu'au dernier plan, le plus cauchemardesque de tous..." et "même si à la fin, la lumière vient. Et quelle lumière ! Mais chut...". 
Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour ce pauvre rédacteur tiraillé par ce désir de raconter ce que lui même s'est (nous a) interdit de dire. Quelle frustration. Je ne peux m'empêcher aussi de penser à ceux qui ne connaîtraient pas le film et ne le regarderont de son fait que dans l'impatience du final, quand un film - celui-ci, mais tous en général - ne peut se réduire à son final. 

Il faudra bien comprendre un jour qu'un film ne se résume pas à son synopsis et que l'on peut très bien en révéler la fin sans en briser la magie ni altérer le plaisir à le regarder, voire de le revoir. Miser sur la surprise serait envisager un film que comme un produit jetable, un kleenex.